Lettre d'information #7 - jeudi 6 janvier 2005 (déjà !).
(retrouvez la liste des lettres déjà émises à ce jour ici)

EDITO

Le nouveau gag Faldo est en ligne, c'est parti pour 2005 ! Cela va me permettre de vous parler d'un sport national belge...

Alleï, et encore une bonne année aux nouveaux arrivés !

Dany

Discussions de comptoir

En Belgique, avant un certain âge, quand les gens veulent faire du sport, ils font du sport. C'est rare, mais ça arrive. Certains deviennent même champions de tennis, de billiard ou de moto-cross avant de finir journalistes sportifs du dimanche soir sur les chaînes télévisées du pays.

Passé ce certain âge, je ne sais pas ailleurs, mais en Belgique, le sport national devient la discussion pluie / beau temps chez son commerçant de proximité. Cela donne à peu près ceci, une fois la marchandise commandée:

Au service : « Alors, boucher, vous avez entendu les nouvelles à la météo ? On annonce du grand beau temps pour le prochain week-end !»

Au retour de service : « Et ben oui ma p'tite dame, mais ils disent toujours ça, hein, avant chaque week-end ! Si vous voulez mon avis, ils sont de mèche avec les hôteliers, les restaurateurs et tout ce qui a trait au tourisme, hein ? Vous pensez pas ? »

Au coup droit : « Oui mais là on a vu la carte à la télé. La présentatrice, la, heuu, la gentille avec ses longs cheveux et qui sourit tout le temps, vous voyez ? Et ben elle l'a bien dit qu'une grosse masse avait une dépression enroulée autour des nuages au-dessus de l'Espagne et qu'on allait avoir du soleil grâce à ça ! »

Au revers : «C'est pas croyable tout ce qu'on sait faire aujourd'hui avec les satellites hein ? On voit tout maintenant, même ce que les gens lisent chez eux ! N'empêche qu'avec leurs fusées pour lancer leurs satellites, je suis sûr qu'ils détraquent le temps ! Dites, pour votre rôti, y'a un peu plus, je vous le mets ?»

Au passing-shot : « Oui, vous pouvez le mettre, et ce sera tout, merci... Sinon, c'est bien vrai ce que vous dites avec les satellites. Et toutes leurs bombes aussi, ça doit pas être bon ! De mon temps, les étés étaient de vrais étés et les hivers étaient de vrais hivers ! Les jeunes d'aujourd'hui, ils gardent leurs t-shirts jusqu'en plein hiver et s'en vont les mouiller dans des festival rock plein air en été ! »

Au lob gagnant : « Et ben oui ma p'tite dame, rien n'est plus comme avant et c'est bien dommage, on va tous finir grillés avec leur trou dans la couche de zone ou cuîts par l'effet de sphère, ça doit être le même principe que pour la loupe.. Attention, tenez bien le sachet par les deux poignées, ils ont réduit la qualité du plastique par mesure d'économie vraisemblablement. Décidément, tout se perd !».

Là, la cliente est servie et part, contente de sa discussion. Une nouvelle cliente (ou un nouveau client, ne soyons pas sexistes) arrive, balles neuves et le boucher au service...

Au début, je dois avouer que cela m'énervait d'assister à ce genre de discussion, à ces phrases convenues et presque prédéfinies, à ces tranches de vie presque scénarisées d'avance. Surtout qu'en général, ces mots sont prononcés avec à chaque fois un terrible accent local qui ajoute encore au pittoresque. Je me demandais même, du haut de mes certitudes naïves, comment il était possible de tomber si bas !

Et puis, j'ai pris quelques années et j'ai compris qu'on a beau être dans un monde que l'on dit dirigé par la communication, les gens se parlent de moins en moins, voire plus du tout. Dans ce contexte, le boucher, le boulanger, le marchand de frites, ces gens que l'on se force à croiser deviennent des confidents, des bonnes consciences, des psy même parfois. Et quel autre domaine est-il plus général que la pluie et le beau temps ? Quel autre sujet peut-il être plus à même de lancer une conversation sur le barbecue que l'on va devoir annuler ou les vacances qui s'annoncent pourries comme chaque année ?

Mais je plains quand même ces braves commerçants, entendre 20 fois par jour que la météo annonce du soleil pour le week-end... Je suis certain qu'ils voient comme une bouffée d'oxygène bienvenue la mère de famille entrer dans la boutique, furieuse, hystérique même, avec à la main la copie d'examen de mathématiques du fiston, pour lancer un « Regardez un peu, Monsieur le boucher, les questions !!! Je vous le demande, une intégrale complexe en coordonnées sphériques avec méthode des résidus, mais a-t-on idée de demander des trucs pareils à un jeune garçon ??? Moi, ça ne m'étonne pas que le mien ait échoué sur toute la ligne, vous trouvez pas ? Mais regardez donc tous ces calculs ! ». Ce à quoi, le commerçant regardera le document en diagonale et lancera un « Effectivement, ça a l'air franchement compliqué, c'est pas normal de demander des trucs aussi compliqués à des gosses !». Et cela, juste pour soulager la mère de famille qui se prépare à passer un juillet-août moins facile que prévu.

En y réfléchissant bien, je suis même certain que ce service écoute/réconfort est compris dans le prix du steak !

Tiens, moi qui ne pose jamais ce genre de question (pour l'instant), je vais essayer de demander à mon boucher une réduction sur le steak la prochaine fois en lui garantissant des années de non discussion sur la pluie et le beau temps, nous discuterons plutôt de.... de... je trouverai !

Je vous tiens au courant...

Le gag Faldo 54

Ainsi, en hommage à ces commerçants qui doivent souvent écouter se plaindre des gens moins malheureux qu'eux, j'ai réalisé le gag Faldo 54 que vous pourrez voir plus en détails ici.

Le gag le plus gaffé de la série Faldo.

« L'expérience est une lanterne que l'on a accrochée dans le dos et qui n'éclaire que le chemin déjà parcouru » disait l'un, terriblement philosophe.

« L'expérience, c't'un peigne que l'on r'çoit quand on est chauve ! » disait l'autre (chez le boucher, pour éviter de parler pluie et beau temps).

Le gag 54 de Faldo a méchamment augmenté mon expérience.

Dimanche soir, en me remettant devant mon PC, je me disais « il me reste 12 personnages à colorier et à plaquer sur le décor, plus les textes... deux bonnes heures et c'est fini et dodo au lit !».

Et ben. C'est pas deux bonnes heures qu'il m'a fallu... mais bien plus. Surtout que quand on est énervé, ça prend toujours plus de temps !

Je vous explique: ceux qui ont reçu la lettre d'information numéro 6 ont reçu le crayonné du gag 54.

Prenons l'image 3 de ce crayonné...

Comme j'ai un décor de base pour la friterie, commun à tous les gags avec Willy, je dessine les personnages hors décor, dans leurs attitudes relatives. Puis, c'est prévu, je colorierai, plaquerai sur le décor et je mettrai à l'échelle. Facile.

Le crayonné devient un encrage...

Les couleurs sont ensuite ajoutées... vous sentez venir le problème ?

Non ? Toujours pas ? Alors mettons les personnages à l'échelle sur le décor de friterie et commençons par Faldo...

C'est pas vrai ! J'ai oublié de dessiner le bras gauche dans mon crayonné et c'est après encrage et coloriage que je m'en rends compte !!! Allez, on retrousse les manches et au boulot ! Ca m'apprendra à écouter du Michel Farinet en travaillant !

Bon, c'est corrigé, mais que de temps perdu ! Il n'empêche, si ma mésaventure peut aider un jour un de mes lecteurs à ne pas commettre la même erreur, tant mieux ! Les autres, arrêtez de vous moquer svp ;)

Question aux dessinateurs d'entre-vous: vous avez déjà connu de pareilles mésaventures ? Vos réponses à l'adresse habituelle: faldogag@isenguerre.com.

Le courrier des lecteurs.

1. Marcel, de Lille.

Bonjour, j'ai un petit problème : je ne sais pas si je dois mettre ma chemise bleue ou la verte pour aller travailler aujourd'hui...

La verte sans hésitation.

2. Serge, de Bruxelles.

Salut, dis, tu pourrais penser à me rendre la combinaison de spéléologie que je t'avais prêtée il y a quelques années ? Tu sais, la jaune pétant en skaï ?

Je me souviens qu'on n'a pas su te la retirer le jour-même, mais là, 10 ans plus tard, je suppose que tu ne l'as plus sur toi ?

Salut Serge. Désolé, elle a été déchirée par le Bulldozer que j'ai dû appeler pour me la faire retirer (je m'en souviens encore : d'un côté, la combinaison accrochée au mur, de l'autre, le bulldozer). Note que je la regrette parfois moi-même : j'en aurais bien besoin de temps à autres pour m'aider à encore rentrer dans mon vieux costume de cérémonies. Au fait, je peux t'envoyer la facture de réparation du mur ?

3. Hln d Brst

Bonjour, j'ai un problm avc mon clavir, la touch n march plus !

C'st trs nnuyux ! Surtout qu j m'appll Hln. Qu fair ?

Bonjour,

Soit changer de clavier, soit apprendre à se passer de la lettre « e ». Des romans entiers ont été écrits volontairement sans utiliser la lettre 'e' (je pense en particulier à "La disparition", de Georges Perec). Je sais, c'est faire compliqué pour rien mais visiblement certains ont le temps et ça marche : je viens de parler de leur bouquin !

Dans votre cas, votre message aurait pu être « Bonjour, j'ai un soucis sur mon ordi : j'ai dur dur à saisir d => ici <= f : total kaputt ! Traumatisant à donf ! D'autant qu'il y a moult d => ici <= f dans mon machin avant mon nom ! A l'aid d => ici <= f !

Non, finalement, changez de clavier.

4. Norbert, de Verviers.

Bonjour cher voisin.

Pourriez-vous arrêter de faire aller votre jambe non stop quand vous êtes assis ? Je sens les vibrations jusqu'ici !

Bigre, je ne savais pas que cela portait à 5 maisons de distance ! Je vais donc essayer d'arrêter, ne serait-ce que pour ma maison à moi.

5. Hl d Brst,

Au scours, maitat c'st la lttr qui march plus o plus !

Je crois comprendre que la touche « n » a aussi rendu l'âme. Par hasard, vous n'avez pas oublié de retirer le « clavier des bébés » de votre clavier depuis la dernière fois que vous l'avez utilisé ?

6. Hermann, de Bruxelles

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Après des heures de traduction, cela donne « Bonjour, mon conseil pour helene: tant que le point et le moins fonctionnent sur son clavier, elle peut envoyer ses lettres en morse Ne me remerciez pas. Hermann, militaire depuis 30 ans »

Merci Hermann, mais comment taper l'adresse d'un email en morse ???

7. Charles, de Paris.

Bonjour,

Ne trouvez-vous pas qu'en ces temps où l'immoral abject abroge de sa substantifique moëlle l'inique qui est le reflet-même de l'inconscient collectif sujet aux controverses les plus illuminatoires des us et coutumes ostensibles des peuplades que l'on dit primitives récessives, la controverse dépositaire au marc le franc des quémanderesses totalitaires n'a point de raison d'assumer sa déchéance inextricable par des chimères simplissimes ?

Non, pour moi, c'est même l'inverse, mais ne me demandez pas de me justifier, chacun est libre de penser ce qu'il veut, quand même !

A bientôt !

Dany