Lettre d'information #6 - vendredi 31 décembre 2004 (déjà !).
(retrouvez la liste des lettres déjà émises à ce jour ici)

EDITO

Vous espériez être quit, kit, kyt, ... vous espériez être tranquilles avec la lettre Faldo au moins jusqu'à l'année prochaine (c'est à dire demain) et bien non !

Le crayonné du gag 54 étant fini, j'en profite pour rédiger vite fait cette ultime lettre d'information de l'année 2004.

L'année 2004 aura été pour les aventures de Faldo l'occasion de se rendre compte qu'elles passent bien mieux en couleurs (contrairement aux fax et aux films de Fernandel que l'on tente de coloriser). Le trait a progressé, les attitudes des personnages aussi. J'espère que 2005 me permettra d'aller encore un peu plus loin.

J'espère qu'il en sera de même pour vous, que 2005 vous apporte tout ce que vous avez toujours désiré (en ce qui concerne les gags de Faldo, considérez-le comme acquis) !

Bref, tous mes voeux pour 2005 !

Dany

Des hauts et des bas

Dans la vie, il y a des hauts et des bas. C'est bien connu, c'est comme ça. En ce qui me concerne, les hauts ont la forme du Furgler (vaillant sommet du Tyrol autrichien que j'ai vu à à peine quelques kilomètres de moi), du Feldberg, c'est à dire LE sommet de la forêt noire que j'ai presque totalement escaladé en VTT (en effet, le sommet du Feldberg est formé de deux bosses et, presque en haut, quand la route s'est divisée en deux sans marquage, j'ai choisi la mauvaise bosse, moins hautes de quelques mètres que l'autre, quel con je vous jure !). Je pourrais aussi dire le Mont Blanc, mais je ne suis pas certain que c'est lui que j'ai vu au loin. Et je ne parlerai ici que des exploits sportifs sinon il va de soi que le top de mes hauts a été atteint lors du vol Bruxelles-Tunis en 1993 où j'ai allégrement dépassé les 10.000 mètres !

En ce qui concerne les bas, une seule pensée me revient: la spéléologie. Je n'en garde pas un mauvais souvenir mais un TRES mauvais souvenir ! Un grand moment de solitude.
Il faut savoir que je ne l'avais pas choisi spontanément. Il se faisait que la meilleure amie de celle qui était à l'époque ma copine avait elle-même un copain qui était fou de spéléo, un vrai spéléologeek, et comme ils allaient faire des descentes, ils nous ont proposé de les accompagner à l'une d'elles...

Nous nous sommes donc retrouvés du côté de Namur/Dinant devant un mur de calcaire au pied duquel se trouvait une trappe protégée par une grille. Là, premier couak, le copain fou de spéléo arrive vers moi avec une combinaison dans les bras, me dévisage et me dit "dans mes souvenirs, je t'imaginais moins... costaud. J'espère que la combinaison t'ira quand même...". Après une dizaine de minutes d'efforts à peine humains, j'ai pu enfin l'enfiler, la combinaison intégrale de skaï jaune pétant. Je dirais sans hésiter que si je m'apprêtais à tourner à ce moment-là une scène de hardcore fétichiste tendance latex ultra-moulant et grinçant, alors oui la combinaison m'allait. Mais là, alors qu'il allait falloir descendre dans un trou inhospitalier, n'avoir qu'une dizaine de degrés de liberté de mouvement à chaque membre au maximum de l'effort et une capacité respiratoire réduite de 60%, cela commençait mal. Voyons quand même le côté positif des choses: je grinçais tellement à chacun de mes mouvements qu'il aurait été difficile de me perdre une fois sous terre. Et de toutes façons, je n'avais pas fait tout ce chemin pour m'arrêter si près du but pour de vagues raisons bassement vestimentaires (sans compter qu'il était fort peu probable de croiser là-dessous un des mes profs, un employeur potentiel ou le voisin de mes parents). Alors, le harnais, le casque, et allons-y pour la descente...

Et là, le choc !

Ceux qui ne connaissent des grottes que les chêvres en liberté dans les prairies et le petit train des grottes de Han ou, plus aventurier, le spectacle son et lumières sur barque flottante des grottes Neptune à Couvin ne peuvent s'imaginer ce que c'est qu'une grotte sauvage.

Dans une grotte sauvage, il n'y a pas de petit bonhomme qui descend la paroi avec une torche à la main devant une foule qui applaudit. Non, c'est sombre comme l'est réputé le fondement de nos amis africains, dangereux, humide et rien n'est prévu pour les personnes à mobilité réduite (par une combinaison skaï jaune ultra-moulante, par exemple). Le sol et les parois sont couverts d'une sorte de glaise qui rend chaque pas aléatoire et certains stalagmites proches rendent même alors le tout extrêmement périlleux (encore que, dans une scène hardcore fétichiste...).

Surtout, ne pas éternuer...
(source: Spéléo-club Mont Blanc)

Il y a des bestioles là-dessous que vous ne verrez nulle part ailleurs, qui ne cherchaient qu'un peu de tranquilité et qui, même là, finissent par être dérangées. Des araignées par exemple, dans la toile desquelles vous finirez immanquablement par vous prendre le visage, pour changer (voir la lettre d'information #4).

Comme vous êtes en compagnie d'un vrai spéléologeek, l'athmosphère pue le carbure car, c'est bien connu, les vrais de vrais évitent les torches électriques (ces jouets) pour leur préférer une petite flamme de carbure qui sort du bout de leur casque. Et en plus de sentir, ça fume un peu... des jours après, quand je me mouchais, de la suie de carbure s'étalait encore sur mon mouchoir. Mais bon, la promenade sous-terraine avance bon train. Vous vous prenez même à apprécier les merveilles de la nature qui, en plus des disques de Michel Farinet, produisent aussi de véritables labyrinthes sous-terrains, des toboggans naturels dans lesquels il est bon de se laisser glisser, des tunnels sculptés au hasard des bonnes volontés de l'eau. Au fait, il n'y a ni plaque ni plan. Vous espérez que le guide connaît le chemin car cela semble franchement complexe. Vous avez perdu la notion du temps et de l'orientation. Si ça se trouve, il y a juste un mètre de paroi qui vous sépare de la nationale qui longe la Meuse mais, dans votre esprit, vous êtes en plein "Voyage au centre de la terre" et vous allez bientôt tomber sur des champignons géants et phosporescents.

Là, le guide s'arrête net: étroiture en vue ! Une étroiture est une faille irrégulière d'une vingtaine de centimètres de large, voire moins (au moins c'est long, au mieux c'est) dans un mur d'une grotte. En général, impossible de voir ce qu'il y a au fond d'une étroiture tant elle est profonde. On peut imaginer alors y trouver une nouvelle salle inconnue, le trésor des templiers ou, plus généralement, rien. Mais les spéléologeeks sont attirés par le mystère et se ruent sur toutes les étroitures. Le principe est simple: se mettre de côté, bras écartés, trouver une orientation de la tête qui permet de voir où l'on va mais qui laisse passer le casque, et avancer petite à petit dans l'étroiture en utilisant le grip de la combinaison, par des mouvements dignes des serpents les plus pervers.

Je pense que ça passe, ça passe j'te dis
(source: Spéléo-club Mont Blanc)

Votre combinaison ultra-moulante a beau vous avoir maigri de quelques tailles, cela finit toutefois par coincer quelque part. Et puis, cette sensation qu'il suffirait qu'un des deux pans de l'étroiture bouge un peu pour vous coincer définitivement comme une tranche de jambon dans un croque-monsieur au moment où vous le passez au grill vous font rapidement faire demi-tour.

Chiche que je lui retire ses bottes pour rire...
(source: spelemines.org)

Vous attendez donc les autres, devant l'entrée de l'étroiture. Plus aucun bruit, c'est une sensation assez incroyable. Le seul bruit audible est le souffle naturel (ou presque) de vos oreilles. Vous regardez autour de vous: visiblement, de nombreuses personnes ont attendu ici leurs camarades à voir les déchets de toutes sortes qui jonchent le sol. Un déchet vous interpelle soudain, vous étudiez votre combinaison intégrale et vous vous dites "et comment je ferais moi ?". Mais les autres reviennent avant que vous ayiez trouvé une réponse à cette troublante question. Il n'y avait rien au fond de l'étroiture. Il est temps de continuer la visite.

Quelques centaines de mètres et quelques étroitures plus loin, vous vous surprenez maintenant à marcher avec plus d'assurance sur le sol glissant. Vous dites qu'encore quelques années d'entraînement et vous pourrez même marcher au plafond, comme votre guide vous donne l'impression d'en être capable. Les rappels en corde n'ont plus de secret pour vous, vous sniffez le carbure au mieux de ce que les 40% de respiration qu'il vous reste vous le permettent.

C'est alors qu'il reste la dernière épreuve, digne d'Interville, vachette en moins: une pente montante d'une vingtaine de mètres de long, d'un mètre de large, d'une dizaine de pourcents de déclivité, ultra glissante avec une paroi à gauche et une crevasse sombre à droite. Vous n'osez pas vous pencher pour évaluer la profondeur de la crevasse à droite. Heureusement, les spéléologues, en plus d'avoir une passion dont le nom est difficile à taper, sont sympas et ils ont prévu une corde pour vous permettre de monter la pente, par traction. Vous êtes le premier à passer... Et cela ne se passe pas trop mal jusqu'à mi-chemin malgré la glaise dont la pente est couverte. Vous pensez à Fort-Boyard et vous imaginez avec le sourire une catcheuse en boue qui vous attend au bout. C'est à ce moment que votre guide vous lance un conseil du genre "les jambes plus perpendiculaires au sol". Comme vous n'avez pas compris, vous tournez la tête pour lancer un stupide "hein ?" et cela suffit à engendrer un mouvement de glisse rotatif irrécupérable malgré votre corps immobile et tétanisé qui ne change ni sa position ni sa tenue de corde. Vous voyez le bord de la crevasse arriver et vous vous posez la question, en bon mathématicien que vous êtes: "l'angle que forme la crevasse avec le chemin pentu est-il droit, aigü ou obtu ?" Après un pied, puis deux puis tout votre corps qui tombe dans la crevasse et racle ce bord de pierre des tibias aux avants-bras en passant par les côtes, vous vous dites, en serrant les dents, "aigü, sans aucun doute possible !". Et vous vous retrouvez ainsi, paniqué, aggripé à votre corde, dans une crevasse sombre, vous ne voyez que le bord du chemin en levant la tête vers le haut. Vous hurlez "à l'aide, aidez-moi !" et vous voyez soudain apparaître le visage casqué et moustachu de votre guide (mais comment fait-il sans corde ??? Il doit avoir des ventouses sous les pieds ce gars, pas possible autrement !) par dessus le bord, juste au dessus de vous. Là, calmement, au lieu de vous tendre un bras salutaire, il vous dit "Ici, la crevasse doit faire 2m20 de profond, avec ta taille, tu déplies un peu les bras et tu toucheras le sol sans problème, puis tu suis la crevasse et tu reviens au point de départ"...

Encore aujourd'hui, je repense parfois au sentiment qui m'a alors envahi, à cet intense moment de solitude et, c'est décidé, la spéléologie, ce sera désormais sans moi (sauf si c'est proposé gentillement).

Le gag Faldo 54

En voici le crayonné.
Je sais, vous aller me dire "hé, mais il n'est pas fini ! où sont les décors ?". Je vous répondrai que pour les gags qui se passent devant le fritkot de Willy, j'utilise un décor unique et que je n'ai qu'à plaquer les personnages devant. Je sais, c'est pas bien mais, chuuuut, pas le dire hein ? Je connais bien des dessinateurs qui gagnent des fortunes avec des dessins félins où seul le texte semble changer d'un gag à l'autre...

Je sais aussi que la main de la femme, sur l'image 2, semble être passée dans une presse à linge. Je déteste dessiner les mains. Je viens d'ailleurs de décider de créer une série BD où les seuls personnages représentés seront des boxeurs en plein combat.

Pour le plaisir, j'ai laissé les dialogues de l'image 1 et je vous propose de deviner la suite. Envoyez-moi vos propositions sur faldogag@isenguerre.com.

La phrase du jour

Entendue à la radio. Un contexte s'impose tout d'abord pour les inscrits non belges francophones (et même pour certains belges francophones): il y a dans le sud de la Belgique une société de transports en communs de proximité (des bus quoi) appelée TEC (pour "Transports en Commun"). Et cette société doit posséder le record européen de la plus grande fiabilité... en matière de jours de grève annuels. Parfois les raisons sont bonnes, par exemple "on a tiré au bazooka sur un de nos bus dans un quartier difficile, nous exigeons un blindage sur tous nos véhicules" (bon, j'avoue, j'exagère, c'est plus souvent une brique qu'une roquette). Mais parfois, les raisons invoquées semblent pour le moins 'étranges', pour ne pas dire autre chose...

Dans le cas qui nous occupe, une manifestation était organisée par la plupart des syndicats belge à Bruxelles car le pays est en pleine renégociation employeurs/employés sur ce que sera le monde du travail à court et moyen termes et il fallait faire pression sur les employeurs. Et donc, TOUS les bus des Tec, sauf un, sont restés au dépôt ce jour-là, leurs chauffeurs se rendant plutôt à la manifestation à Bruxelles. Un journaliste repère un de ces chauffeurs et lui pose la question "pourquoi encore cette grêve aux TEC ?" Là, le chauffeur répond l'argument qui tue (attention, on reste assis):

"mais parce qu'il faut protéger l'emploi de nos enfants car, si nos enfants n'ont plus d'emploi, il ne faudra plus non plus de chauffeur de bus pour les conduire au travail".

Moi, j'ai plutôt pensé à la vieille retraitée qui s'est retrouvée une fois de plus sans bus pour aller faire ses courses ou rendre visite à une amie ou encore à la mère de famille qui se demandait comment ses enfants se rendraient ou reviendraient de l'école... C'est rarement ceux qui ont un emploi qui ont le plus besoin des transports en commun de proximité.

Allez, oublions la mauvaise foi, encore un joyeux Nowel et une bonne année à tous !

Dany